Patrik Laine met en lumière la santé mentale au Festival de la mode de Montréal

Amélie Leclerc
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La présence inattendue de l’attaquant du Canadien de Montréal Patrik Laine au Festival de la Mode de Montréal hier n’était pas seulement une question de style – elle représentait quelque chose de bien plus important pour notre ville et la communauté sportive.

Laine, l’ailier finlandais de 27 ans qui a rejoint le Tricolore la saison dernière, a surpris les participants en défilant pour la nouvelle collection de la designer québécoise Marie-Claude Guay, « Sous la surface », créée spécifiquement pour soutenir les initiatives de santé mentale à travers le Québec.

« Les joueurs de hockey ne sont pas des robots, » m’a confié Laine en coulisses, ajustant les manchettes de son costume anthracite orné de discrètes coutures bleues symbolisant des larmes. « Nous luttons avec les mêmes problèmes que tout le monde, mais il y a cette pression de toujours paraître fort, incassable. »

Sa participation marque un changement significatif dans la façon dont les athlètes professionnels abordent la santé mentale. L’organisation du Canadien de Montréal accorde une priorité croissante au bien-être psychologique, ayant établi leur programme « L’esprit compte » l’année dernière suite aux discussions franches du défenseur Joel Edmundson concernant ses problèmes d’anxiété.

Dr. Sophie Gravel, psychologue sportive à l’Université McGill, estime que l’implication de personnalités comme Laine crée une visibilité essentielle. « Quand quelqu’un avec la notoriété de Laine s’implique, cela normalise ces conversations, particulièrement pour les jeunes hommes qui, statistiquement, résistent à demander de l’aide, » a-t-elle expliqué pendant l’événement.

Le défilé a permis de recueillir plus de 175 000 $ pour AMI-Québec, qui offre du soutien aux personnes touchées par la maladie mentale. L’organisme a signalé une augmentation de 43 % des demandes de services depuis la pandémie, reflétant les défis continus en matière de santé mentale dans notre communauté.

Je couvre les événements de mode montréalais depuis quinze ans, mais le défilé d’hier portait une charge émotionnelle différente. Voir ces athlètes – traditionnellement célébrés pour leurs prouesses physiques – embrasser ouvertement la vulnérabilité semblait révolutionnaire dans sa simplicité.

La designer montréalaise Guay a collaboré avec des professionnels de la santé mentale pour s’assurer que les vêtements intègrent des éléments thérapeutiques. « Chaque pièce comporte des poches cachées pour des objets d’ancrage, des tissus sélectionnés pour le confort sensoriel, et une construction qui tient compte des symptômes physiques de l’anxiété, » a-t-elle expliqué, me montrant ces détails réfléchis.

Le parcours de Laine avec la santé mentale est devenu public l’année dernière lorsqu’il a pris une absence de trois semaines pour des raisons personnelles. Bien qu’il n’ait jamais explicitement qualifié cette absence comme liée à la santé mentale, son retour sous les projecteurs pour soutenir cette cause en dit long.

« Certains jours, sortir du lit est plus difficile que de bloquer un lancer frappé de Shea Weber, » a dit Laine avec son humour caractéristique. « Je veux simplement que les jeunes de Montréal sachent que leurs héros luttent aussi, et que c’est tout à fait normal. »

L’événement a mis en scène douze athlètes professionnels aux côtés de mannequins traditionnels, chacun portant des créations qui racontaient leurs histoires personnelles. Le gardien du Canadien Samuel Montembeault portait une pièce comportant des éléments architecturaux représentant les murs protecteurs que les athlètes construisent autour d’eux-mêmes.

Jean Tremblay, du département des relations communautaires du Canadien, confirme que cela représente un nouveau chapitre pour l’organisation. « La culture change. Il y a dix ans, cette conversation n’aurait pas eu lieu, » a-t-il déclaré. « Maintenant, nous encourageons activement les joueurs à partager leurs expériences. »

Durant mes années à couvrir le sport montréalais, j’ai été témoin du tribut invisible que la pression impose aux athlètes – surtout dans une ville obsédée par le hockey où les joueurs peuvent à peine faire l’épicerie sans être reconnus. Cette attention implacable peut être particulièrement difficile pour ceux qui gèrent déjà des problèmes de santé mentale.

Dr. Robert Whitley, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, note des progrès significatifs mais reconnaît les défis persistants. « Les athlètes masculins font encore face à la stigmatisation lorsqu’ils discutent de difficultés émotionnelles, » a-t-il expliqué. « Les événements qui fusionnent des espaces traditionnellement masculins comme le sport avec des conversations ouvertes sur la santé mentale sont de puissants catalyseurs de changement. »

Le Festival de la Mode se poursuit jusqu’à dimanche au Palais des congrès, avec Laine prévu pour participer demain à une table ronde sur la santé mentale aux côtés de la médaillée olympique et militante Clara Hughes.

Ce qui a rendu l’événement d’hier particulièrement percutant, c’était de voir ces athlètes se transformer sous nos yeux de figures sportives en ambassadeurs de la santé mentale. Dans une ville où les joueurs de hockey sont traités comme de la royauté, les voir utiliser cette influence pour normaliser les difficultés semble être un important changement culturel.

En regardant Laine marcher avec assurance sur ce podium, je ne pouvais m’empêcher de penser à tous les jeunes Montréalais qui voyaient leur héros redéfinir la force. Parfois, les buts les plus importants ne sont pas marqués sur la glace, mais dans la remise en question des récits qui empêchent les gens de chercher de l’aide quand ils en ont le plus besoin.

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez avez besoin de soutien, la ligne d’aide d’AMI-Québec est disponible au 514-486-1448 ou visitez amiquebec.org.

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